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Passer du B2B au B2C quand on vend déjà à des revendeurs

Passer du B2B au B2C, ce n'est pas ouvrir un Shopify et balancer son catalogue. C'est un autre métier. Les deux canaux se nourrissent si tu tiens ta grille de prix, mais le vrai chantier c'est le contenu pensé pour la conversion, pas tes shootings éditoriaux B2B.

Auteur
Axel Corton
Thème
Stratégie
Date
Lecture
7 min
Passer du B2B au B2C quand on vend déjà à des revendeurs

À retenir

  • La marque fait 40 à 50k par mois en eCom un an et demi après le lancement de son site en direct.
  • Tiens ta grille de prix sur les deux canaux pour protéger la marge de tes revendeurs, sans machine à promo.
  • Un taux de conversion à 0,6% est le symptôme d'un contenu pas taillé pour le paid. Passer à 1,2% double le chiffre à budget constant.
  • En bijouterie le taux de retour est bien plus bas qu'en mode (25-30%), donc une marge plus solide et un budget d'acquisition plus agressif.
  • Shopify gère B2C en accès public et B2B derrière une connexion client sur un seul store.

Y a une marque de bijoux haute fantaisie avec qui j'ai échangé récemment. Fondée en 2015, dix ans au compteur. Au départ des boutiques en propre, puis gros virage vers le B2B pendant le COVID. Aujourd'hui elle vend à des concept stores, en marque blanche pour des boutiques, et elle produit même des collections pour des influenceuses qui veulent lancer leur gamme. Bref, elle connaît son métier côté revendeurs. Et là, depuis un an et demi, elle a lancé son propre site pour vendre en direct. 40 à 50k par mois en un an. Pas mal du tout.

Sauf que passer du B2B au B2C, c'est pas juste ouvrir un Shopify et balancer son catalogue dessus. C'est deux métiers différents. Et je vois beaucoup de marques qui se plantent parce qu'elles pensent que leur expertise B2B va se transférer toute seule. Elle se transfère pas.

Je vais te dire ce qui change vraiment, et ce qu'il faut regarder en premier.

Le B2B et le B2C se servent l'un l'autre (si tu le joues bien)

La première chose à comprendre, c'est que c'est pas l'un contre l'autre. C'est un cercle vertueux. Le wholesale sert l'eCom, et l'eCom sert le wholesale.

Concrètement, prends les pubs Instagram. Tout le monde est sur Instagram, revendeurs compris. Un acheteur de concept store à New York qui tombe sur tes pubs, il va découvrir ta marque, aller voir ton site, et potentiellement te contacter pour entrer tes produits dans ses rayons. Et à l'inverse, une cliente qui découvre tes bijoux dans une boutique parisienne va peut-être adorer la marque, se rendre sur ton site et acheter en direct. Les deux canaux se nourrissent.

La peur classique quand on vient du B2B, c'est de cannibaliser son réseau. "Si je vends en direct, mes revendeurs vont m'en vouloir." En vrai c'est beaucoup moins vrai qu'on le croit. Un revendeur achète ta marque pour sa désirabilité. Plus ta marque est forte et visible en direct, plus tu es un bon partenaire pour lui. Ton site devient ta vitrine, pas ton concurrent.

Là où il faut faire gaffe, c'est sur le prix. Si tu brades en B2C sous le prix de revente de tes boutiques, là oui, tu crées de la tension. Tu dois tenir ta grille, protéger la marge de tes revendeurs, et ne pas transformer ton site en machine à promo. La marque haute fantaisie dont je parle vend entre 100 et 200 euros. Ni premier prix, ni joaillerie à 5000. Ce positionnement médian, il faut le tenir sur les deux canaux, sinon tu casses tout.

La vraie bascule : passer du contenu qui vend à un acheteur au contenu qui vend à une cliente

C'est là que ça coince le plus souvent. En B2B, ton contenu est pensé pour un acheteur professionnel. Des catalogues, des shootings éditoriaux propres, de quoi convaincre une boutique de référencer ta collection. C'est utile mais c'est pas du tout le même boulot qu'en B2C.

La marque dont je parle fait deux shootings photo par an, avec du contenu éditorial pensé d'abord pour les revendeurs. Ses community managers font des vidéos pour le feed. Mais pour le paid, y a rien de dédié. Zéro contenu produit pensé pour la conversion en pub. Et le dirigeant est lucide là-dessus, il me l'a dit, ils ont pas mis la structure ni la compétence pour l'instant.

Le problème, c'est qu'en eCom, on n'achète pas un produit, on achète la photo. Ton contenu éditorial qui sert à séduire un acheteur de concept store, il convertit pas une cliente qui scrolle sur Instagram à 22h. Il te faut des formats pensés pour ça. Des vidéos qui montrent le bijou porté, sous plusieurs angles, en mouvement. Des UGC. Des formats qui donnent envie de cliquer et d'acheter tout de suite, pas de contempler une belle image.

Un taux de conversion à 0,6%, c'est précisément le symptôme de ça. Le trafic arrive, mais le site et le contenu ne transforment pas assez. Et avant de verser plus de budget en pub, c'est ce point qu'il faut travailler. Parce que balancer du budget sur un site qui convertit à 0,6% avec du contenu pas taillé pour le paid, c'est verser de l'eau dans un seau percé.

La technique n'est pas le problème (et c'est une bonne nouvelle)

Quand on vient du B2B, on a souvent un historique technique chaotique. La marque dont je parle est passée par Wix, puis PrestaShop, avant de revenir sur Shopify. Et le verdict du dirigeant est clair, Shopify c'est beaucoup mieux, plus pratique, cher mais pratique.

Je suis complètement d'accord. Un site B2B, ça reste juste un site avec un catalogue spécifique et un accès client pour les prix wholesale. Techniquement, Shopify gère les deux sans problème. Tu peux avoir un seul store qui gère à la fois le B2C en accès public et le B2B derrière une connexion client. Même site, même parcours d'achat, sauf que tes revendeurs voient leurs prix B2B une fois connectés. Tu peux même créer un menu B2B différent qui dirige vers des pages dédiées.

La partie back-end emailing de cette marque tourne plutôt bien, géré en interne par le dirigeant avec un freelance, avec de très bons résultats. C'est une bonne base. Le CRM, c'est souvent là qu'une marque B2B a un avantage, parce qu'elle a déjà une culture de la relation client, de la recommande. Sa base de clients qui commandent et recommandent, c'est de l'or. Le vrai sujet c'est d'exploiter cette mécanique de rétention en B2C, avec des flows d'email bien pensés. Sur le post-achat notamment, en J+30, J+60, tu peux relancer, conseiller, faire revenir. Si tu veux creuser la partie capture et base, j'en parle ici sur les formulaires d'inscription.

Donc la technique, franchement, c'est rarement le mur. Le mur, c'est le contenu et l'acquisition.

L'acquisition payante, le gros morceau

Là où une marque B2B qui passe au B2C se fait mal, c'est sur le paid. En B2B, tu fais de la vente relationnelle, des salons, du commercial, du bouche-à-oreille entre pros. En B2C, tu dois aller chercher le client inconnu, le convaincre en trois secondes, et le faire acheter. C'est un autre monde.

Le dirigeant de cette marque a une frustration que je comprends parfaitement. Son agence paid actuelle est réactive et compétente, mais elle n'a pas la culture du lifestyle. Elle ne comprend pas l'objectif de désirabilité. Et c'est un vrai sujet.

Parce qu'une marque de bijoux haute fantaisie qui veut être dans le top 5 en France, son enjeu c'est pas juste le ROAS du mois. C'est la notoriété et la désirabilité sur la durée. Une agence qui optimise uniquement sur le dernier clic, sans comprendre comment construire une marque de mode, elle va te rentabiliser à court terme et t'appauvrir la marque à long terme. Les deux doivent avancer ensemble, c'est esthétisme et performance en même temps.

Un truc qui joue en faveur du passage en B2C sur ce segment, c'est le taux de retour. En mode, t'es à 25-30% de retours, c'est énorme, ça plombe la rentabilité. En bijouterie c'est nettement plus bas, hors problème de taille de bague. Ça veut dire que ta marge contribution est plus solide, et donc que tu peux te permettre un budget d'acquisition plus agressif. Encore faut-il le construire sur la marge et pas sur le chiffre d'affaires, j'ai écrit un article complet là-dessus.

Par où commencer concrètement

Si tu es une marque qui vend à des revendeurs et que tu veux lancer ton B2C, voici dans quel ordre je regarderais les choses.

D'abord le positionnement prix. Tu tiens ta grille sur les deux canaux, tu protèges la marge de tes revendeurs, tu ne transformes pas ton site en machine à promo.

Ensuite le contenu. C'est ton plus gros chantier et personne n'en parle assez. Tu dois produire du contenu pensé pour la conversion et le paid, pas recycler tes shootings éditoriaux B2B. Du bijou porté, en vidéo, en mouvement. Si tu n'as pas la compétence en interne, c'est le premier poste où investir.

Le site, tu le poses sur Shopify et tu arrêtes de perdre du temps avec des plateformes bancales. Tu travailles ton taux de conversion avant de verser plus de budget en haut du funnel. Passer de 0,6% à 1,2%, c'est doubler ton chiffre à budget pub constant.

Le CRM, tu l'actives tôt. Ta base de clients fidèles est ton meilleur actif, surtout si tu as déjà une culture de la recommande côté B2B.

Et l'acquisition, tu la confies à des gens qui comprennent le lifestyle et la désirabilité, pas juste le ROAS à 7 jours. Parce que construire une marque de bijoux dans le top 5 français, ça se joue sur deux ans, pas sur le prochain reporting.

Le B2B t'a appris à construire une marque désirable pour des acheteurs exigeants. Cette désirabilité, c'est exactement ce qui va faire vendre en direct. Le reste, c'est de la mécanique.

Questions fréquentes

Est-ce que vendre en B2C va braquer mes revendeurs ?

Pas si tu tiens ta grille de prix et que tu ne brades pas sous leur prix de revente. Ton site renforce ta notoriété, et une marque plus désirable rend tes revendeurs plus contents de la vendre. Le cercle est vertueux tant que tu protèges leur marge.

Je peux gérer mon B2B et mon B2C sur le même site ?

Oui, sur Shopify tu peux avoir un seul store. Le B2C en accès public, et le B2B derrière une connexion client avec des prix wholesale. Même parcours d'achat, catalogue et menu B2B différents une fois le client connecté. Techniquement c'est fluide.

Pourquoi mon taux de conversion est bas alors que mon produit se vend bien en boutique ?

Parce que ton contenu est souvent pensé pour séduire des acheteurs pros, pas pour convertir une cliente qui scrolle. En eCom on achète la photo. Il te faut du contenu produit taillé pour le paid, bijou porté, en vidéo, en mouvement. C'est le premier chantier.

Je mets plus de budget pub pour accélérer, bonne idée ?

Pas tant que ton site convertit mal. Verser du budget sur un site à 0,6% de conversion, c'est remplir un seau percé. Travaille d'abord la conversion et le contenu, construis ton budget sur ta marge et pas ton chiffre d'affaires, et ensuite tu accélères.

La bijouterie est-elle plus facile que la mode en eCom ?

Sur un point oui, le taux de retour. En mode t'es à 25-30%, ce qui plombe la rentabilité. En bijouterie c'est bien plus bas, hors souci de taille de bague. Ta marge contribution est donc plus solide, et tu peux te permettre une acquisition plus agressive.

À propos de l’auteur

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