Aller au contenu

Pourquoi le paid n'est pas la bonne stratégie pour une boutique multimarques de prêt-à-porter

Parce que sur un multimarque, tu enchéris contre tes propres fournisseurs qui ont 2 à 3 fois ton budget, avec des marges bien plus faibles. Et sur une clientèle locale, tes pubs cannibalisent tes ventes magasin. La vraie croissance vient de la conversion du site, pas du budget pub.

Auteur
Axel Corton
Thème
Stratégie
Date
Lecture
6 min
Pourquoi le paid n'est pas la bonne stratégie pour une boutique multimarques de prêt-à-porter

À retenir

  • Sur les grosses marques, ton budget d'acquisition est 2 à 3 fois plus faible que celui de la marque elle-même ou de Zalando.
  • La clientèle en ligne était locale à 90%, donc les pubs cannibalisaient des ventes magasin déjà gagnées.
  • Passer d'un taux de conversion de 1,2% à 2,5% divise le coût par vente par deux, à trafic égal.
  • Le seul paid qui tient : drive-to-store local sur marques niche en exclusivité, budget 15 à 20€ par jour.
  • La boutique a refait son site sans toucher au budget Meta et vise 350-400k d'ici fin d'année.

On a audité l'an dernier une boutique multimarques de prêt-à-porter. 4 magasins physiques, plus de 50 marques distribuées, des grosses comme Levi's, Tommy ou Lacoste, et des marques niche franco-danoises, hollandaises ou italiennes que personne ne connaît à 50 km à la ronde. L'eCom tournait au mieux à 200k€ par an, soit 10% du CA magasin. Le dirigeant voulait passer à 300, idéalement 500k. Et sa première idée, c'était évidemment de mettre plus d'argent dans la pub.

Je lui ai dit de pas le faire. Ou en tout cas, pas comme il l'imaginait. Je t'explique pourquoi, parce que c'est contre-intuitif et que la plupart des agences te vendront l'inverse.

Sur un multimarque, tu te bats contre tes propres fournisseurs

Le truc que personne te dit, c'est que faire du paid sur une boutique multimarques, c'est partir au combat avec un couteau face à des mecs qui ont des bazookas.

Quand tu vends un jean Levi's sur ton site, Levi's vend aussi ce jean en pub. Et Levi's a 2 à 3 fois plus de budget d'acquisition que toi sur ce produit précis. Zalando aussi. Les autres revendeurs aussi. Tu enchéris sur exactement les mêmes produits, avec exactement la même fiche, mais avec des marges 2 à 3 fois plus faibles qu'une marque en propre. Parce qu'une marque en propre, elle encaisse la marge pleine. Toi, t'achètes en gros et tu revends. Ta marge, elle fond vite.

Du coup l'équation est simple. Coûts d'acquisition énormes et en hausse constante, marges faibles. Tu peux faire tourner ça six mois, mais au bout du compte tu paies pour exister sur des enchères que tu perdras toujours face aux marques que tu distribues. Même la meilleure agence paid n'y changera rien. Le problème est dans ton modèle de distribution.

Je l'ai dit à plusieurs reprises à nos clients, et je le remets ici : un audit eCommerce doit toujours commencer par ton P&L, pas par tes campagnes. Si tu regardes d'abord tes marges réelles sur un multimarque, tu comprends tout de suite pourquoi le paid global est une impasse.

La cannibalisation, le problème qu'il sentait sans le nommer

Il y a un deuxième problème, encore plus vicieux. Et celui-là, le dirigeant l'avait senti tout seul, sans savoir le nommer.

Sa clientèle en ligne, c'était à 90% des clients locaux. Des gens qui connaissent l'enseigne, qui viennent faire du repérage sur le site avant d'aller en magasin. Ou qui ont déjà poussé la porte trois fois dans l'année. Bref, des clients qui seraient venus de toute façon.

Quand tu colles une pub devant ce client-là, tu le pousses à acheter en ligne une pièce qu'il aurait achetée en boutique. Sauf qu'en ligne, tu manges les frais de livraison et le coût d'acquisition. En magasin, tu les mangeais pas. Tu as donc payé pour vendre moins cher une vente que tu avais déjà gagnée.

C'est exactement le même mécanisme que quand tu paies une pub pour racheter un client que t'avais déjà vendu. Tu brûles du budget pour une vente qui serait tombée sans toi. Sur un multimarque local, c'est pas un cas isolé, c'est le fonctionnement par défaut.

Le dirigeant me disait "j'ai l'impression que mes pubs me volent des ventes magasin". Il avait raison. Son intuition valait mieux que le dashboard de son ancien prestataire.

Convertir mieux au lieu de chasser plus de trafic

Du coup la vraie question devient : comment je convertis mieux les gens qui sont déjà là ? Le volume de trafic, on verra plus tard.

Sur sa boutique, le trafic ne manquait pas. C'était des visiteurs qualifiés, des locaux qui connaissent l'enseigne. Le problème, c'était le site. Fiches produits moyennes, parcours d'achat qui ramait, pas de réassurance, pas de logique claire entre le stock magasin et le stock en ligne. Les gens arrivaient, regardaient, et finissaient par venir en boutique, ou pire, partaient ailleurs.

En eCommerce, on n'achète pas un produit, on achète la photo. Et le trafic sur ton site, c'est comme le trafic en boutique. Si tu as du monde qui entre et qui ressort sans acheter, c'est pas en mettant un videur à la porte pour en faire entrer plus que tu règles le truc. C'est en refaisant l'intérieur du magasin.

C'est tout l'enjeu de ne pas tuer l'énergie que tes visiteurs ont en arrivant sur ton site. Tu peux avoir le meilleur trafic du monde, si le site casse l'intention d'achat, t'as rien gagné.

Donc notre reco a été claire. Avant de parler d'un seul euro de budget pub en plus, on construit une machine qui convertit. On refait les fiches produits, on unifie le stock magasin et site, on nettoie le parcours, on travaille la conversion. Et ça change tout sur les coûts.

Quand ta machine tourne mieux, tous tes coûts d'acquisition baissent mécaniquement. Un site qui convertit à 2,5% au lieu de 1,2%, c'est un coût par vente divisé par deux, avec exactement le même trafic. Donc si un jour tu veux vraiment accélérer avec de la pub, tu pars d'une base saine. Tu dépenses pour amplifier une mécanique qui fonctionne, pas pour compenser un site troué.

On a un comparable qui ressemble beaucoup. Un concept store cadeau, plusieurs points de vente, qui fait 95% de son CA en retail, stock unifié sur le site, mêmes marges faibles, même clientèle locale. La logique est identique. Tu ne gagnes pas en achetant du trafic, tu gagnes en faisant que chaque visiteur compte.

Le seul paid qui a du sens : du drive-to-store local et niche

Je veux pas te faire croire que la pub est à bannir à 100%. Il y a un cas, un seul, où ça tient la route sur un multimarque de ce type.

Le drive-to-store local. Petits budgets, ciblage géographique serré. Et surtout, tu ne fais pas de pub sur les grosses marques. Tu fais de la pub sur les marques niche dont tu es le seul revendeur dans un rayon de 50 km. Les marques franco-danoises, hollandaises, italiennes que personne d'autre ne distribue près de chez toi.

Ça marche parce que tu n'as pas de concurrent sur l'enchère. La marque elle-même ne fait souvent pas de pub en France, et personne d'autre ne les vend à côté. Tu es seul. Donc ton coût d'acquisition est bas et tu amènes du monde en boutique sur des pièces que les gens ne trouveront nulle part ailleurs localement.

Concrètement, deux formats :

  • Meta en catalogue dynamique. Tu charges ton flux produit et Meta remonte tout seul les pièces les plus susceptibles de plaire à chaque utilisateur. Ciblage large, tu laisses l'algo bosser sur ta zone.
  • Google Shopping sur ces mêmes marques niche, avec un budget serré type 15 à 20€ par jour, comme la boutique faisait déjà historiquement.

Le reste, le paid global sur les grosses marques, laisse tomber. C'est pas rentable et ça le sera jamais sur ce modèle.

Et si tu veux creuser comment ta stratégie d'acquisition doit évoluer avec ta croissance, tu verras que le paid à grande échelle a sa place à un moment, mais pas celui-là. Pas quand ton eCom fait 10% de ton CA et que tes marges sont écrasées par ton propre modèle de distribution.

Ce qu'il faut retenir si t'es dans ce cas

Si tu gères une boutique multimarques et que tu veux faire grossir ton eCom, ne commence pas par la pub. Commence par ton P&L et par ton site.

Donc : regarde tes marges par marque avant de penser pub. Sur les grosses, t'es trop faible pour te battre. Et si ta clientèle en ligne est locale, tes pubs te bouffent sûrement ta boutique. Le reste de ton budget, il va dans la conversion, sur les fiches produits, le parcours, le stock unifié. Le paid, tu le gardes pour un seul usage, le drive-to-store sur tes marques niche en exclusivité locale.

La boutique dont je te parlais depuis le début, elle n'a pas augmenté son budget pub. Elle a refait son site. On vise 350-400k d'ici la fin d'année, et pour l'instant la courbe suit. Sans toucher au budget Meta.

Questions fréquentes

Je fais 10% de mon CA en ligne, est-ce que je dois investir en pub pour accélérer ?

Pas d'abord. Sur un multimarque, tes marges sont trop faibles pour te battre en paid contre les marques que tu distribues. Commence par faire converti ton site mieux. Tes coûts baisseront mécaniquement, et là tu pourras envisager la pub sur une base saine.

Pourquoi je ne peux pas faire de pub sur les grosses marques que je vends ?

Parce que Levi's, Tommy ou Lacoste ont 2 à 3 fois plus de budget d'acquisition que toi sur exactement les mêmes produits, avec des marges bien plus élevées. Tu enchéris sur les mêmes fiches en perdant à chaque fois. C'est structurel, pas une question d'agence.

C'est quoi la cannibalisation dont tout le monde parle ?

Quand ta clientèle en ligne est locale, tes pubs poussent des gens à acheter sur le site des pièces qu'ils auraient achetées en magasin. Sauf qu'en ligne tu paies frais de livraison et acquisition. Tu paies pour une vente que tu avais déjà gagnée.

Est-ce qu'il y a quand même un paid qui marche pour une boutique multimarques ?

Oui, un seul. Le drive-to-store local sur les marques niche dont tu es le seul revendeur dans un rayon de 50 km. Petits budgets, ciblage large, format Meta catalogue ou Google Shopping. Là tu n'as pas de concurrent sur l'enchère.

Comment je fais passer mon eCom de 200k à 400k alors ?

En construisant une expérience de conversion parfaite sur ton site plutôt qu'en achetant plus de trafic. Fiches produits, parcours d'achat, stock unifié magasin et site. Une machine qui tourne mieux fait grimper tes ventes sans un euro de pub en plus.

À propos de l’auteur

Photo d’essai, à remplacer par le portrait de Axel Corton

Axel CortonFondateurLinkedIn

À lire ensuite

Abonnez-vous à notre newsletter

Nos méthodes sur le paid media, l’eCommerce et le CRM, dans votre boîte mail.

Ouverture bientôt